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Remerciements
Texte : Soline Nivet. Photo : Corbis.
Une réponse collective. En France, 75 % de la population vit en milieu urbain, et les secteurs de l'habitat et des transports sont les plus gros consommateurs d'énergie et producteurs de gaz à effets de serre. Aussi, la réponse pour réduire leur impact ne peut pas se contenter d'être individuelle. D'où le concept d'éco-quartier. En clair, du tracé de la voierie à l'isolation des maisons, il s'agit de conjuguer tous les moyens d'action. Car, à quoi bon construire des logements économes en énergie... s'il faut prendre sa voiture et consommer de l'essence pour aller acheter son pain ? L'objectif est donc de gérer les problèmes au niveau local : trier ses déchets, c'est bien, mais les réutiliser ou les brûler sur place, c'est mieux !
Concrètement, ça donne quoi ? À Grenoble, dans le quartier de Bonne, l'incinération des déchets sert déjà à chauffer les maisons et une centrale photovoltaïque alimente l'éclairage urbain. À Paris, le quartier en cours de réaménagement des Batignolles promet d'émettre zéro gramme de CO2, en supprimant la voiture, en isolant au maximum les bâtiments, en collectant les ordures par pneumatique souterrain... En 2010, Narbonne aura aussi son éco-quartier, Le Théâtre. Ses jardins seront gérés par les habitants, et pour se rendre à l'école, les enfants prendront le pédibus et seront accompagnés d'un adulte. À Douai, le chantier du quartier du Raquet démarrera fin 2009. Avec 15 km de pistes cyclables, les habitants pourront circuler en vélo, et pour se rendre au centre-ville ils prendront le tramway. Les bois et les canaux seront aménagés pour récolter les eaux de pluie.
On compte une vingtaine d'éco-quartiers en chantier, mais ils devraient se multiplier. Toutes les communes sont appelées à développer ce type de projet, selon le voeu des experts du Grenelle de l'environnement. L'objectif est que chacune ait mis un projet en route d'ici à 2012.
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Texte : Soline Nivet. Photo : Corbis.
Être au coeur de la ville. En réfléchissant à l'échelle du quartier, les urbanistes cherchent des solutions pour limiter l'impact des déplacements. Ils privilégient donc l'implantation des éco-quartiers au plus près du centre-ville. On réhabilite les friches urbaines, ce qui évite d'empiéter sur la campagne alentour. À Grenoble, le quartier de Bonne a été construit à l'emplacement d'une ancienne caserne et, à Narbonne, celui du Théâtre a remplacé une usine. L'objectif étant de rapprocher l'habitat des lieux de travail et d'études.
Et bien desservis. La desserte des quartiers par les transports en communs (lignes de trams, bus...) doit pouvoir dissuader, au maximum, les habitants de prendre leurs véhicules. Sinon, le co-voiturage s'organise et des véhicules électriques sont proposés en auto-partage. On cherche également à équilibrer la proportion de logements, de commerces, de bureaux et d'équipements pour favoriser l'urbanisme de proximité. Réduire les distances, donc les temps de déplacements, aller travailler à pied ou en vélo, c'est aussi une façon d'améliorer la qualité de notre vie quotidienne.
Travailler chez soi ? En Hollande, de nombreux projets encouragent le travail à domicile pour limiter encore plus le flux des déplacements. Des urbanistes planchent même sur l'idée d'une « ville en pantoufles », dans laquelle l'habitant trouverait ce dont il a besoin dans un rayon de 1,5 km. Un rêve pour les casaniers... et un cauchemar pour les autres qui voient là un encouragement au repli sur soi. Pour que les éco-quartiers n'infligent pas à leurs habitants une sédentarité forcée, les urbanistes emboîtent des réflexions à plusieurs échelles, du local au régional.
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Texte : Soline Nivet. Photo : Corbis.
Naissance en Allemagne. C'est à la fin des années 70, à Fribourg, qu'a émergé le concept. Des militants anti-nucléaire ont réfléchi à des sources d'énergie alternatives pour chauffer les maisons. Mais il aura fallu attendre 1996 pour que deux éco-quartiers soient mis en chantier, Vauban et Riesenfeld. Depuis 2006, 15 000 habitants s'y sont installés. Grâce à l'énergie solaire, ils produisent leur eau chaude et fournissent même de l'électricité au reste de la ville : leurs maisons, hyper-isolées, n'en consomment quasiment plus ! Dans les rues, les enfants jouent sans risques : il n'y a pas de voiture et chaque immeuble est implanté à moins de 500 m d'une station de tram.
En Angleterre aussi. En 2000, un architecte spécialiste de la construction passive propose à la ville de Sutton de s'associer pour relever le défi de réduire à zéro la consommation en énergies fossiles et les émissions de CO2 d'un quartier. Pari réussi : dès 2002, les habitants des 82 logements de BedZeD (Beddington Zero Energy Development) consomment 88 % de chauffage et 57 % d'eau de moins que la moyenne. Pour limiter les nuisances liées à leur transport, les matériaux de construction ont été choisis dans un rayon de moins de 60 km. Aujourd'hui, les habitants prolongent la démarche en utilisant des voitures électriques en auto-partage. Résultat : un kilométrage réduit de 65 % !
Ces quartiers sont devenus des modèles pour Paris, Grenoble, Narbonne ou Douai qui comptent se fixer à leur tour des objectifs ambitieux. L'État et la Communauté européenne les aident, apportant soutien technique et subventions. Les habitants, très enthousiastes, créent des forums, des blogs, et multiplient les réunions publiques. Des associations se forment pour pousser les pouvoirs publics à s'engager. Elles entendent aussi être un relais auprès des nouveaux arrivants : le succès des quartiers pilotes allemands et anglais est aussi dû à l'implication de leurs occupants dans la vie collective.
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Texte : Soline Nivet. Photo : Corbis.
Le prix de la qualité. L'aménagement d'un éco-quartier coûte plus cher que celui d'un quartier ordinaire. Pour l'instant, en tout cas ! Les immeubles sont construits avec des techniques et des matériaux à haute performance (fenêtres, joints, ventilation, vitrages à faible émissivité...) plus onéreux que la moyenne, qui nécessitent parfois une main-d'oeuvre spécialisée. Surtout, les équipements collectifs de capteurs solaires, de chauffage ou de production locale d'électricité représentent de lourds investissements... néanmoins rentabilisés à moyen terme. Dans l'éco-quartier anglais de BedZed, le coût de revient par logement dépasse, par exemple, de 20 % celui d'un quartier traditionnel. Mais la facture énergétique des habitants a diminué de 90 %... Ça fait quand même réfléchir !
Mais il existe des aides ! Pour inciter les villes à investir, le ministère de l'Environnement, de l'Énergie et du Développement durable met en place un concours de projets qui permettra aux villes lauréates de bénéficier d'un soutien technique et financier de l'État. Pour encourager les promoteurs et les constructeurs, l'Agence de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie (Ademe) a mis en place plusieurs mesures : système de primes et de certificats, exonération de taxes, augmentation de la surface autorisée à la construction, etc. Et pour inciter les particuliers à franchir le pas, des crédits d'impôt sont accordés à ceux qui investissent dans ces quartiers pour y établir leur résidence principale.
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